a short site about The Divine Comedy

Un dandy sans amis

Il y a quelque temps, la presse annonçait la fin du groupe Divine Comedy. Faux ! Neil Hannon, l’Irlandais raffiné et symphonique, revient avec l’un de ses meilleurs albums Absent Friends (Labels) toujours sous le nom de Divine.

Alors, Divine Comedy, ce n’est donc pas fini ?
Je n’ai jamais dit que Divine Comedy était terminé. Je me suis séparé de la formation avec laquelle je jouais depuis six ans. La presse a affabulé. Je vous rappelle que Divine, c’est moi ! Quand j’ai commencé, à la fin des années 80, nous étions trois. Puis les deux autres personnes sont parties, et j’ai conçu les trois premiers albums seul. C’est après Casanova que le groupe Divine s’est vraiment constitué pour jouer les morceaux sur scène. Mais c’était toujours mon groupe. Là, je reviens mais seul.

Etiez-vous fatigué de vos musiciens ?
Peut-être étaient-ils fatigués de moi ? Quand nous avons fini Regeneration, notre album précédent, j’étais vidé. L’ambiance n’était plus aussi drôle qu’au début. Il fallait du changement. Et il y avait une autre raison : c’est moi qui versais les salaires, et ce rôle me pesait. Le poids financer avait prix trop d’importance.

Avez-vous hésité à conserver le nom ?
Oui, mais je l’ai gardé. Et de tous les albums que j’ai enregistrés, Absent Friends est celui qui est le plus proche du style Divine Comedy. Quelle ironie si j’avais renoncé à ce nom !

Regeneration a marqué une étape plus sobre. Le choix a dû être difficile : soit retourner à votre style chatoyant, soit continuer dans cette voie folk-pop…
Je ne suis pas du genre à tenter des expériences musicales. Je voulais produire la quintessence du son Divine Comedy, la musique symphonique, la seule qui me fasse frissonner. Et j’ai assez vécu pour me moquer de ce que les gens pensent. La pop musique est ma structure, mais j’aime écrire de manière classique.

Où avez-vous appris la technique symphonique ?
Par moi-même. Bon, j’ai été aidé par Joby Talbot qui a une superbe technique orchestrale et m’a permis de combiner toutes les pièces de l’album. Quant à moi, j’ai toujours eu une bonne oreille. C’est ma chance. J’ai appris le piano très tôt sans être remarquable, et je ne suis pas formidable non plus à la guitare. Je me souviens de mon professeur qui disait : “Neil a une bonne oreille, mais il manque de pratique”. Aujourd’hui, cette oreille me permet de jouer une chanson à la demande, malgré mon incapacité à manier les accords.

Vous êtres un personnage littéraire, et votre musique est peuplée de figures romanesques, comme Oscar Wilde. Etes-vous un grand lecteur ?
Pas vraiment. Je lis assez peu, car je lis très lentement. Quand je termine un livre, je suis si content que je mets aussitôt ce que j’ai lu dans une chanson. Mais il ne faut pas voir dans mes paroles plus d’intellectualisme qu’elles n’en contiennent. Elles me viennent naturellement. Je ne tiens pas à paraître plus intelligent. J’ai souffert de ce défaut autrefois, mais plus maintenant. Je procède surtout par notes. Pour être honnête, je n’ai pas lu Dorian Gray d’Oscar Wilde.

Vous évoquez aussi Steve McQueen…
C’est un souvenir d’enfance. A chaque Noël, son célèbre film La grande évasion passait à la télévision. Dans cette chanson, j’ai voulu intégrer des héros tragiques, afin de provoquer un certain sentiment chez l’auditeur.

Pourquoi avez-vous quitté Londres pour emménager à Dublin ?
Je suis irlandais, il ne faut pas l’oublier. Nous sommes très différents des Anglais. Je me suis rapproché de mes parents qui vivent sur cette île dans un endroit ravissant, avec des chevaux, des vaches… J’avais envie de retourner dans ce pays pour y élever ma fille.

Cette fille a-t-elle changée votre existence ?
Ma fille m’empêche de faire trop l’imbécile, et j’ai arrêté cette vie reggae que je menais avant. Je vis désormais en famille avec ma femme, qui est actrice à temps partiel.


A Nous Paris 26/04/2004