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Promenade

Auteur d’un Liberation majestueux l’an dernier, Neil Hannon se rappelle déjà à notre bon souvenir. Loin de se reposer sur des lauriers amplement mérités, la coqueluche des Irlandais propose une nouvelle approche de son univers pluri-culturel d’enfant surdoué. Promenade ouvre par un morceau que l’on croirait tout droit sorti de la bande originale d’un film de Peter Greenaway. Sur fond de côte sauvage battue par le vent et les assauts incessants d’une mer agitée, une phrase musicale rappelle Michael Nyman et introduit idéalement le style Hannon, soit la rencontre inopinée du Rondo Veneziano et de Scott Walker. Ne souriez pas trop vite car les onze titres suivants forcent, une fois de plus, le respect. Liberation avait dévoilé, de façon éclatante, un talent de songwriter exceptionnel. Promenade y ajoute celui d’arrangeurs. De quoi faire passer Michel Legrand pour Robert Quibel! On avouera une légère préférence pour ‘The Book Lovers’: ce qui ne pourrait être qu’une plaisanterie de potache, la déclamation d’une liste d’écrivains accompagnée d’un commentaire sibyllin, se révèle être au contraire une merveille mélodieuse emprunte d’un humour corrosif et d’un respect non feint. La récurrence de ces deux approches est d’ailleurs brandie ici en manifeste. Qu’il ne se moque de notre “Liberté, Egalité, Fraternité” national dans ‘Drinking Song’ ou qu’il rende hommage à la magie du cinéma avec ‘When The Lights Go Out’, Neil Hannon laisse éclater au grand jour son amour pour le spectacle. Qu’il en soit acteur ou spectateur, la promenade qu’il nous propose n’a qu’un but; nous faire profiter de son libertinage d’érudit, d’esthète, de jouisseur. D’épicurien.


Philippe Juge
Best 04/1994