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A Short Album About Love

Il est de bon ton de ce côté-ci de la Manche de se pâmer d’admiration, depuis la sortie de Casanova, devant chaque fait et geste du sieur Hannon. Force est de constater pourtant, et ce depuis bientôt un an, que l’édifice de Divine Comedy est bel et bien sujet à ses premières lézardes. Si elles ne sont pas encore visibles à l’œil nu (sa dernière livraison reste quand même au-dessus du lot de n’importe quelle entreprise de balbutiements symphoniques) les premiers symptômes, vous savez cette sciure (apparemment) anodine qui indique que le salpêtre n’est jamais très loin, commencent sérieusement à s’incruster et par là même nous inquiéter !

Résumé des épisodes précédents de ‘la petite maison dans la prairie verte’ : l’herbe est verdoyante, il fait beau. Neil H, après deux albums aussi novateurs qu’incontournables - Liberation et Promenade, petits bijoux de pop baroque et introspective – vire chef d’orchestre et british lover sur son troisième opus, projet ambitieux et inégal, que le révèle enfin dans l’Europe entière définitivement conquise par l’aplomb du jeune homme. Aux vues de ses capacités à diriger un orchestre, essayer d’écouter ‘Through A Long And Sleepless Night’ sans ressentir la moindre envie idoine de courir nu(e) dans les prairies irlandaises, on se dit que le ciel est dégagé, que le meilleur reste à venir…

C’est pourtant à ce moment là que le temps se gâte : de concerts approximatifs en duo indigeste avec Valérie L (une copine française opportuniste), l’inquiétude commence tout naturellement à poindre. La dernière livraison de notre charpentier irlandais chéri ne fait que confirmer nos doutes et nos craintes : au travail d’orfèvre précis et miraculeux de ses premières œuvres, se substitue un ouvrage ‘ronronnant’ et redondant, faisant montre à la fois d’un savoir-faire (parfois) époustouflant (‘In Pursuit Of Happiness’) et (trop souvent) feignasse (‘If…’). Dès lors que Neil Hannon se sera débarrassé de ses complexes ‘walkeriens’ et de ses quelques tics suffisants, il y a fort à parier que cette période de flottement n’aura été qu’un signe avant-coureur des majestueuses aventures musicales à venir.


Henri Seard
Best 05/1997