a short site about The Divine Comedy

A short questionnaire about life

Consacré définitivement pop star avec Casanova et accédant au panthéon symphonique (avec côtés de Scott Walker ou Burt Bacharach) avec A Short Album About Love, le verdoyant Neil Hannon, stratège de Divine Comedy, s’est prêté au jeu du questionnaire de Proust à la sauce Best, où l’on découvre un personnage en adéquation avec ses compositions: brillant, attachant et complexe…

Quel est votre état d’esprit actuellement?
Plutôt confus, pour ne pas dire embrumé. J’ai attrapé froid et tous les médicaments de la terre n’y peuvent rien (rire)… Artistiquement, c’est pas mieux! Je suis dans la situation de quelqu’un qui vient d’écrire un disque, de le sortir et qui est fatalement touché par le syndrome “de quoi sera fait demain?”. Une sorte de crise de confiance si vous préférez. En fait, mon était d’esprit actuel est un mélange de médicaments, d’inquiétude et de confusion.

Que pouvons-nous attendre de votre prochain disque, entendu que vous avez déjà atteint un plafond vertigineux?
Je ne sais pas vraiment. Je suis plongé dans un abîme d’incertitudes ; j’aimerais bien savoir ce qui m’attend et vous l’apprendre… La seule chose dont je sois sûr, c’est que j’aspire, encore et toujours, à écrire la musique que j’aime, quelque chose de vaguement ambitieux et orchestral et pour ce faire, il me faut beaucoup d’argent (rires)

Est-ce ce problème d’argent qui vous a contraint à condamner les instruments à vent pour des synthés lors de votre dernière tournée?
C’est effectivement la raison principale. Depuis que Divine Comedy existe, je suis confronté à des problèmes d’ordre financier. Tourner régulièrement avec 25 musiciens reviendrait trop cher à ma maison de disque. L’autre raison est qu’il m’est difficile de partir en tournée avec des musiciens de studio avec qui je n’ai pas spécialement d’affinités.

Mise à part votre verte Irlande, où aimeriez-vous vivre?
Sans xénophobie aucune, ce serait un endroit où l’on parlerait anglais. Je suis incapable de parler correctement une autre langue. Je sais à peine dire “bonjour” en français. Les rares fois où je me suis exprimé dans la langue de Molière de manière plus soutenue, j’avais appris mon texte de manière scolaire. Sans ça, c’est une véritable catastrophe… Pour répondre à votre question, je dirais Gibraltar, on y parle anglais et il y fait chaud. Ca m’aiderait peut-être à me débarrasser de ma crève (rires)

Êtes-vous amoureux en ce moment?
Définitivement NON! Je l’ai été récemment, mais ce n’est plus le cas… De toute façon le grand amour existe-t-il vraiment? J’ai bien peur que ce soit impossible de s’unir avec une créature telle que la femme (visiblement abattu)

Quel est votre peintre préféré?
Klee sûrement. Il a pratiqué le surréalisme plus l’abstraction comme personne. Il a su tirer profit de cette alchimie peu académique. C’était un grand talent.

Votre musique est également une sorte d’alchimie, de la musique classique baroque dans un format pop…
Quelle jolie définition… Je ne pourrais pas vraiment vos donner un terme qui définirait ce que j’écris ou ce que je suis. Mais j’espère qu’au final, je touche un minimum de personnes susceptibles de comprendre ce que je ressens, ce que je vis via mon matériau musical. Je n’aspire qu’à atteindre la vérité, juste la vérité (solennel)

Si vous ne deviez retenir qu’un seul song writer?
Quelle question vicieuse! Mon coup de cœur devant l’éternel serait Jacques Brel, mais il me faudrait plus d’une vie pour que je traduise tous ses textes. Je préfère peut-être ne pas savoir ce qu’il racontait après tout… En fait je dirais Cole Porter.

Un écrivain à canoniser?
Sans hésiter Francis Scott Fitzgerald. Il a dépeint avec beaucoup d’émotion la ‘beat generation’.

Un poète à retenir?
Je ne suis pas vraiment calé en poésie… Celle de Bob Dylan me parle. J’adore ses textes, je n’en dirais pas autant de sa musique (grimace à l’appui)

Quels sont les personnages historiques qui vous ont le plus marqué?
Hum… Positivement, quelqu’un comme Platon était plutôt cool, j’adore ses théories sur la réminiscence.

Une théorie que vous avez appliquée sur Promenade?
Tout à fait, même si je l’ai fait sans prétention et avec beaucoup moins de talent… Par contre, un personnage comme Winston Churchill me sort par les yeux. Il est à la lutte pour la première place avec Thatcher (rires).

Quel et le défaut pour lequel vous avez le plus d’indulgence?
La lâcheté. Je pense qu’on est tous, plus ou moins, un peu lâche à un moment donné de notre vie. On doit l’excuser parce qu’il n’est pas toujours évident de communiquer, de dire ce que l’on pense. C’est très vite mal interprété, comme une sorte de désintéressement de la personne, alors que c’est ni plus ni moins une forme de protection.

Quelle est la qualité que vous recherchez chez l’être humain?
La gentillesse, la douceur. Quelqu’un de doux peut me faire pleurer. Une femme douce peut me rendre fou d’elle. Je dois être profondément romantique… Le problème, c’est que je n’applique pas à moi-même, sur la personne en question, ces élans d’humanité.

Quel est votre principal défaut?
Hum, en cherchant bien: ma mémoire! Elle est très mauvaise… Du moins, pour ce qui semble intéressant à retenir. Cela doit être une forme d’égoïsme. Je fais très peu d’effort pour me souvenir de ce que l’on me raconte. En voilà un beau défaut: je suis égoïste!

Et votre principale qualité?
Je sais passer l’éponge. Je suis capable d’oublier les coups tordus ou de passer outre les dires négatifs de certains personnes. Savoir pardonner est une qualité trop rare de nos jours… La rancune ne mène nulle part. Ca me rappelle d’ailleurs une anecdote qui a eu lieu lors de la tournée Promenade durant laquelle je me suis trouvé confronté à un hurluberlu qui prenait un malin plaisir à exhiber sur scène ses parties génitales pendant que je chantais. Cette année, pour mon retour à Nice, lieu du crime, j’ai invité ce jeune homme à remonter sur scène, pour lui prouver que je n’étais pas rancunier (sourire)… Il n’était malheureusement pas parmi nous…

Outre cette indulgence sans borne, quel don de la nature auriez-vous aimé posséder?
Être capable d’exprimer mes plus profonds et sincères sentiments envers ma moitié dans la vie de tous les jours. Ce qui semble aisé à dire dans mes chansons l’est beaucoup moins dans la réalité. Je ne m’en sortirai visiblement jamais…

Valérie Lemercier a-t-elle succombé à vos charmes?
Je ne sais pas (sourire)… En tout cas nous sommes restés très sages…

Quel est votre héros actuel?
Kevin Shields, le leader de My Bloody Valentine. C’est un personnage à part dans le monde de la musique. Il ne s’est jamais compromis. Il suit son chemin sans regarder ce qu’il y a autour. De plus c’un un gars très sympa qui fait une musique incroyable… Loveless est tellement complexe (admiratif).

Vos avez écouté son travail avec Archive?
Non, je n’écoute pas de trip hop, je préfère de loin me replonger dans les albums de My Bloody Valentine…

Pour en finir avec Proust et cette interview, de quoi voudriez-vous que l’on se rappelle à la fin de votre carrière?
Laissez-moi réfléchir… (d’un ton à nouveau solennel) “IL A ESSAYE, IL A ECHOUE MAIS IL S’EST BIEN AMUSE” (rires)


Henri Seard
Best 05/1997
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