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Un Irlandais à Paris

Le francophile Neil Hannon, leader de Divine Comedy, rend hommage à la chanson française à travers son admiration pour Serge Gainsbourg.

“J’étais jeune, et je me trouvais dans une boîte minable, quelque part dans le nord de l’Irlande, le jour de la Saint-Valentin. On y passait de la mauvaise musique. Mais au bout de la nuit, le DJ a passé ‘Je t’aime moi non plus’. Je n’avais jamais entendu cette chanson et je suis allé demander ce que c’était. Je n’ai su que plus tard qu’il s’agissait de Gainsbourg. Les gens en Irlande connaissent son nom mais ils ne savent pas vraiment pourquoi. En fait, très peu d’extraits de la télévision française des années quatre-vingt y ont été vus.

“On trouve dans plusieurs morceaux de ce compositeur une musicalité classique européenne. L’orgue de ‘Je t’aime moi non plus’ est emprunté à Bach. Il combine les harmonies classiques avec le style pop-rock anglo-américain. Il a aussi un étonnant sens du rythme que l’on peut remarquer dans ses enregistrements plus anciens comme ‘Couleur café’. Je parlerais même d’un rythme sexy. Son style change, mais il garde toujours cet incroyable mouvement sensuel. Sur ‘Je t’aime…’, vous avez la voix effrontée de Jane Birkin. Je me souviens aussi de Brigitte Bardot sur ‘Bonnie And Clyde’. Les arrangements de cordes m’ont marqué. Musicalement, il n’est jamais resté en place. A la fin, il échoue presque en Jamaïque, avec Sly Dunbar et Robbie Shakespeare…

“L’une de mes chansons favorites est celle de 1965, chantée par France Gall, ‘Poupée de cire, Poupée de son’. Elle concourait pour l’Eurovision, et je l’ai découverte vers 1992. Ce fut comme si une fenêtre s’ouvrait sur une idée différente de la pop-music. Cette chanson reste l’une de mes premières influences. J’aimais ce bruit roulant de caisse claire qui m’a inspiré pour mes chansons ‘Something For The Weekend’ et ‘Tonight We Fly’. J’ai vu que je n’étais pas obligé d’utiliser un rythme fort rock and roll…

“On m’a souvent raconté quel brillant parolier était Gainsbourg, ses jeux avec les mots, ce que moi-précisément j’aime aussi faire. Je n’hésite jamais à sacrifier la poésie à l’amour d’une bonne rime. Décider de chanter en français est la chose la plus stupide que je vais tenter de faire. J’aime les défis et j’adore la musique française. Si j’interprétais à Paris des chansons françaises en anglais, cela n’aurait aucun sens pour le public. Je chanterai Gainsbourg, Jacques Brel, Française Hardy, Air, et Édith Piaf bien sûr. J’adore ‘Hymne à l’amour’. Mais c’est une chanson bien difficile qui contient beaucoup de mots et demande des efforts de prononciation…”


Stéphane Koechlin
Cité Musiques 09/2008