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“Je ne suis pas Lady Gaga !”

17 ans de carrière, dix albums. Neil Hannon, ou la pop incarnée.
17 ans de carrière, dix albums. Neil Hannon, ou la pop incarnée.
Neil Hannon, de The Divine Comedy, débarque demain soir à l’Autre Canal. Et refuse l’étiquette de pop-star.

1993, la ‘préhistoire’ pour le rock et cette pop qui se nourrissent de chair fraîche, et qui laissent sur le bas-côté des dizaines de ‘cadavres’ artistiques. Au firmament règnent alors le grunge et Nirvana, la brit-pop avec Blur et consorts.
C’est à cette période-là qu’un frêle Irlandais, Neil Hannon, à la tête d’un groupe nommé ‘The Divine Comedy’, à contre-courant total, avec une pop étincelante et baroque, émerge pourtant. Son album Liberation est acclamé par la critique. Presque deux décennies et neuf albums plus tard, le dandy reprend la route en solo désormais, sur la lancée d’un brillant disque Bang Goes The Knighthood.

The Divine Comedy était votre chose depuis le début, c’est normal de se retrouver en solo, non ?
J’aime être dans un groupe, je n’aimais pas diriger, mais de facto, j’étais le boss. Désormais, je n’ai besoin de convaincre personne du bien-fondé de mes décisions. Je voulais aussi me prouver à moi-même que je pouvais le faire de cette façon là ! Le solo s’impose aussi pour des raisons économiques : je n’ai plus de grosse compagnie derrière moi. Mais nous avons quand même mis beaucoup d’argent dans ce disque, alors on va essayer d’en récupérer un peu…

Vingt ans de carrière, c’est long. Comment gardez-vous la foi, l’énergie ?
C’est bizarre. Premièrement, j’aime ce que je fais, c’est bête à dire, mais c’est la seule chose que j’ai toujours su et voulu faire. A l’âge de dix ans, je voulais être dessinateur de voitures, mais j’ai changé d’avis lorsque j’ai écouté Human League ! Je dois continuer, même si parfois j’ai traversé des périodes difficiles : c’est mon job. Il faut admettre que j’ai été assez chanceux, j’ai réussi à trouver un équilibre artistique, en étant une pop star (rires).

Être célèbre n’était pas une priorité ?
Je blague, je ne pense pas être une pop-star, j’ai un ‘degré’ de célébrité. Ce n’est plus un problème pour moi, j’ai une vie parfaitement normale et c’est bien comme ça. Je ne suis pas lady Gaga ! Elle, c’est une monstruosité, mais elle est un symptôme de l’époque. Nous avons créé un monstre !

Votre univers, votre musique ne sont pas de notre époque, si ?
J’ai toujours eu un problème avec le faire d’apparaître ‘contemporain’. Ce que je fais à plus à voir avec la musique du passé, mes influences. Et même si l’instrumentation rappelle parfois les sixties, ou Kurt Weill par exemple, les chansons, elles, font plus référence à 1978-1982, la période où j’étais totalement intoxiqué par la musique : Human League, Adam and the Ants, Elvis Costello.

Votre pop baroque faisait un peu tâche au milieu des années 90, et de la brit-pop…
Oui, j’étais contemporain de Blur. Mais je n’ai jamais été en ‘Indie Disco’ (un des titres de l’album, N.D.L.R.) lorsque j’étais jeune. Tout ça est étrange, surprenant : à un instant, vous êtes très à la mode, une minute plus tard, vous êtes has-been. Être à la mode, ça n’a jamais été important ! Tout ce que j’ai toujours voulu, c’est faire une carrière aussi longue que possible, et dans ce que j’aime, et ça, je le réussis je crois.

Pourquoi les Français sont-ils parmi vos plus grands fans ?
Est-ce mon côté romantique, peut-être ? Mais je ne veux pas passer pour l’intellectuel que je ne suis pas, je veux ni ennuyer les gens, ni moi-même !

La crise, vous l’évoquez avec humour dans votre album. Est-ce aussi une petite provocation de poser, comme un yuppie, dans un bain avec une pipe et haut de forme sur la pochette de votre album ?
Avant tout, c’était amusant. J’ai un sens de l’humour ridicule, non ? Et puis, la pochette attitre l’œil dans les magasins de disques. Enfin, j’ai pu mettre mon chien sur la pochette, et ça, ça n’a pas de prix !

The Divine Comedy à l’Autre Canal, vendredi 24 septembre, à 21h. Tarif : 25 euros.


Xavier Frère
Est Républicain 23/09/2010