a short site about The Divine Comedy

La victoire de Divine Comedy

Après la sortie de l’album ‘Victory For The Comic Muse’, sommet d’élégance et de brio pop, Neil Hannon et son groupe viennent donner cinq concerts en France, dont un à l’Olympia la semaine prochaine.
Après la sortie de l’album ‘Victory For The Comic Muse’, sommet d’élégance et de brio pop, Neil Hannon et son groupe viennent donner cinq concerts en France, dont un à l’Olympia la semaine prochaine.
Neil Hannon monte sur scène avec les chansons de l’album ‘Victory For The Comic Muse’ : cinq concerts en France à partir de demain, dont l’Olympia.

Ce jour-là, dans le jardin des bureaux parisiens d’EMI, Neil Hannon réfléchissait à la provision de films qu’il emporterait dans le bus de sa tournée. “J’ai un classeur pour vingt DVD. Je prendrai mes Woody Allen préférés - de Guerre et Amour à Hannah et ses soeurs, le dernier de ses très grands films -, et puis les films qui me font du bien, la trilogie des Aventuriers de l’Arche perdue, les films d’Audrey Hepburn, Une chambre avec vue…”

Dans ces instants-là, on retrouve en Neil Hannon le jeune homme frêle et éploré qui se saoulait de mélodies aux épaules plus larges que les siennes, le jeune homme que la France découvrait vraiment avant la Grande-Bretagne, le jeune homme grâce à qui la pop anglaise échappait au règne de la vanité working class de la Brit pop : Divine Comedy devenait instantanément une référence majeure alors que son démiurge, Neil Hannon, se serrait dans son écharpe - “J’ai l’impression d’avoir été enrhumé pendant des années”, dit-il maintenant.

Liberation, en 1993, Promenade en 1994, Casanova en 1996, A Short Album About Love en 1997, Fin de siècle en 1998 : une série d’albums étourdissants aux élégances moirées, aux références touffues qui emmêlaient le Venise de Thomas Mann, les orchestres à cordes des Beatles, Burt Bacharach, le pathos de Nina Simone, les cieux noirs de Scott Walker, quelques images d’Egon Schiele… Mais avec son oeil navré, son autodérision méticuleuse, sa carrure de moineau perdu, Neil Hannon tempérait une splendeur qu’on croyait empruntée au Joris-Karl Huysmans d’À rebours par des pépiements de Calimero. Il y eut donc ce sommet. “Et puis nous avons réussi à nous maintenir à un niveau qui nous permet de continuer. Mon but principal reste de toujours faire des disques ; mais pas des disques que personne n’achète ou n’écoute, ce n’est pas à ça que sert la musique.” Neil Hannon a espacé les albums de Divine Comedy : Regeneration en 2001, Absent Friends en 2004, Victory for the Comic Muse en juin 2006. L’homme a pris de l’assurance en même temps que de la distance, de la santé en même temps que de l’expérience. Il fait moins de unes de magazines musicaux mais Divine Comedy est un nom important, du double point de vue critique et commercial.

Pour Neil Hannon, “c’est déjà une victoire que de continuer à faire des disques, qu’après tout ce temps on veuille toujours de moi.”
Pour Neil Hannon, “c’est déjà une victoire que de continuer à faire des disques, qu’après tout ce temps on veuille toujours de moi.”
Cousin d’Irlande de la famille Gainsbourg

Il se laisse aller de temps à autre au geignement plaintif, aux mines de timide. Puis il demande : “Ne suis-je pas en train de bougonner, là ?” L’époque, note-t-il toutefois, “n’est pas outrageusement favorable, du point de vue du business, à mon genre de musique”. On se souvient évidemment de la tournée de A Short Album About Love, en 1997 : vingt-six musiciens sur scène emmenés à travers l’Europe, une splendeur alors inédite et sublimement ruineuse. “Je considérais qu’un concert est une fin en soi, que les tournées ne sont pas seulement faites pour assurer la promotion d’un album, mais pour ce qu’elles sont au sens premier : jouer en public, ce qui est une des principales raisons pour lesquelles je fais ce métier. Mais, dans le rock, il faut voler l’argent pour le faire : personne ne veut de ce genre de tournée, ni les producteurs de concerts, ni les maisons de disques. Je pense que j’aurai de nouveau, un jour, un tel orchestre sur scène… quand je pourrai me le permettre.” Pour la tournée de Victory for the Comic Muse, qui passe par la France à partir de demain pour cinq concerts, dont l’Olympia le 19 octobre, point de grand orchestre. “Vers la fin de l’album, quelques chansons sont absolument injouables si on n’a pas trente musiciens. On ne les joue pas.”

Mais il savoure les bénéfices de son statut. Il n’a jamais caché sa passion pour Serge Gainsbourg. Vincent Delerm l’a invité à chanter avec lui Favourite Song sur son nouvel album, Les Piqûres d’araignée : ”J’ai écouté toutes ces chansons françaises/Je ne savais pas ce qu’est une javanaise/Un poinçonneur des Lilas/Ça veut dire quoi ?” Jane Birkin lui a demandé une chanson pour son album Fictions, paru l’hiver dernier. Et il a participé à l’écriture de l’album 5:55de Charlotte Gainsbourg. On l’imagine cousin d’Irlande de la famille Gainsbourg… “J’aurais bien aimé. C’est curieux que tout survienne au même moment. Je n’ai d’ailleurs rien sollicité : à chaque fois, on m’a appelé.”

Une victoire ? Comme dans le titre de son album, Victory for the Comic Muse ? En 1989, alors que Divine Comedy ne faisait que balbutier encore, Neil Hannon avait intitulé son premier album Fanfare for the Comic Muse. ‘Victory’ serait-il l’antonyme de ‘Fanfare’ ? “Il ne faut pas chercher trop loin, tirer des conclusions. J’aime donner des titres pompeux à mes albums mais je n’y pense ni très longtemps, ni très intensément. Ce titre est une citation. Jadis, je l’avais un peu transformée avec ‘Fanfare’ mais la vraie phrase est Victory for the Comic Muse. C’est une victoire au sens personnel : après tout, c’est déjà une victoire que de continuer à faire des disques, qu’après tout ce temps on veuille toujours de moi.”

On comprend mieux son choix de DVD : c’est dans Chambre avec vue qu’un personnage parle de cette ‘victoire de la muse comique’.


Le 13 octobre à Nancy, le 14 à Clermont-Ferrand, le 16 à Bruxelles, le 17 à Strasbourg, le 18 à Lille, le 19 à Paris (Olympia).


Bertrand Dicale
Le Figaro Et Vous, 12/10/2006