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Promenade

Nous le savions, Neil Hannon est Divine Comedy. Un jeune gringalet qui avait fait de véritables remous il y à peine six mois avec son splendide album intelligemment intitulé Liberation. Cette libération, elle était pour Neil Hannon qui, débarrassé de ses anciens acolytes de Divine Comedy, pouvait exposer son seul point de vue. Libération pour nous autres également qui découvrions qu’il était possible de faire réellement du neuf avec de vieilles rengaines, en ressentant quelques influences du passé sur ce disque étrangement familier et pourtant novateur. Nous attendions donc Promenade, la nouvelle œuvre du jeune homme fluet dont la voix grave nous avait séduit. Neil Hannon nous avait prévenu, Promenade serait surprenant et d’inspiration tout autre. L’avertissement n’était pas à la hauteur de la surprise. A croire que Neil abandonne presque définitivement le format pop-rock. Sur Liberation, nous pouvions déjà entendre quelques cordes, et lors de sa tournée française, il était le seul à la guitare avec une violoniste et un violoncelliste, donnant une coloration toute nouvelle à ses chansons. Aujourd’hui, les cordes et l’instrumentation classique de façon générale (piano, clavecin, clarinette) sont omniprésentes. Il avait également annoncé l’intérêt qu’il portait à des musiciens comme Michael Nyman ou Philip Glass. Promenade serait en fait le pendant pop d’albums comme The Draughtman’s contract ou Drowning by numbers de Nyman. Un titre comme ‘Don’t Look Down’ est une allusion évidente à cette admiration qu’il voue à ce musicien décidemment très influent. Hannon y ajoute son goût pour la pop-disco façon Pulp et sa voix bourrée d’émotion, une sorte de Peter Hammill de vingt-trois ans nourri à la pop et au romantisme des répétitifs de la vague musicale contemporaine anglaise. Mélange explosif dont le résultat est ce nouveau chef-d’œuvre de Divine Comedy, le bien nommé exutoire de Neil Hannon où il raconte les livres qu’il aime, les films qui l’ont marqué… Le regard d’un illuminé magnifique et caustique.


D. Peters
L’indic 12, 03-04/1994