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Beauté divine

Retour malicieux et excentrique de Neil Hannon, en bon disciple de Randy Newman : le dixième album de The Divine Comedy est un ravissement.

Le retour, au sommet de la malice et de l’excentricité, de Divine Comedy : qu’attend-on pour l’anoblir ?

Insensible à l’usure, Neil Hannon poursuit son combat de Don Quichotte pop. A qui dois-ton la meilleure chanson sur la récente crise financière ? A un rappeur ? un groupe de hardcore ? Manu Chao ? La réponse, arrive, inattendue, sur la deuxième plage du nouvel album de Divine Comedy. Avec ‘The Complete Banker’, Neil Hannon endosse ses plus beaux habits de satiriste et, en bon disciple de Noel Coward et de Randy Newman, atomise de l’intérieur l’appétit obscène d’un chacal de la City. La chanson, prodigieuse, aurait tout aussi bien pu sortir d’un théâtre de Broadway au lendemain de la banqueroute de 1929, tricotée par les doigts de fée de Cole Porter.

Auparavant, le long travelling éblouissant de ‘Down in the Street below’ aura servi de sésame à cette dixième visite d’un des plus grand plais baroques du royaume britannique, tenu sans faiblesse depuis vingt ans par ce roitelet d’Irlande qui, en d’autres temps, aurait déjà été anobli à hauteur de ses modèles, Scott Walker, ou Bacharach. Installé désormais à son compte après avoir vu son ancienne maison de disques saborder ses derniers albums (dont le splendide Absent Friends, qui portait cruellement bien son nom), Neil Hannon n’a toutefois rien sacrifié de ses goûts de luxe.

Le voilà donc, aussi alerte qu’à ses débuts, déballant des “pocket symphonies” aux doubles et triples fonds époustouflants comme d’autres iraient promener leur chien, avec une décontraction et une facilité qui frisent l’insolence. Imperturbable face aux érosions qui ont détruit tant de ses congénères – qu’il embaume d’ailleurs dans le très touchant ‘At the Indie Disco’ –, son esprit chevaleresque l’autorise à toutes les formes de parades, de la ballade sentimentale (‘Have You Ever Been in Love’, le culminant ‘When a Man Cries’) aux cavalcades hollywoodiennes contre les moulins de la sinistrose ambiante (‘The Lost Art of Conversation’, ‘Island Life’).

A la fin de ‘Can You Stand upon One Leg’, il ose même un exercice de Castafiore inouï en tenant la même note pendant quinze secondes. Avant de conclure par un étincelant ‘I Like’ calibré comme un tube, mais qui n’en connaître malheureusement jamais le destin. Après vingt ans, on commence à s’en faire une raison.


Christophe Conte
Les Inrockuptibles 09/06/2010