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Bang Goes The Knighthood

Neil Hannon ou le portrait de Dorian Gray. Vingt ans d’activisme pop, dix albums comme autant de chapitres d’un roman vivifiant et classieux, le petit Irlandais a toujours été à nos côtés. Ils nous a vu grandir et changer, mais lui semble être le même : son visage juvénile n’a pas pris une ride, ses chansons n’ont pas pris du bide. Faut-il y déceler le fruit d’un pacte démoniaque avec quelque puissance occulte ou le signe que le personnage et sa musique étaient déjà un peu surannés dès le début de l’affaire ? En 1993, le marasme grunge battait son plein, le pied qui pue, le cheveu hirsute et le tee-shirt sale étaient de rigueur, mais Neil Hannon portait le costume et la cravate avec une nonchalance affectée, redonnant ses lettres de noblesse à une pop orchestrée, délicieusement narrative et fantaisiste.

À une incartade dépressive près (Regeneration, 2001), le garçon est resté fidèle à cette pop parfaitement britannique héritée des Kinks, l’inspiration du moment dictant la teneur en arrangements baroques et en mélodies millésimées. Si Bang Goes The Knighthood n’est pas fait du même bois que le dernier chef-d’œuvre en date de The Divine Comedy (Absent Friends, 2004), il s’impose néanmoins comme un grand disque où Neil Hannon renoue avec une légèreté enthousiasmante et émouvante. Les clins d’œil à la comédie musicale et au cabaret s’y multiplient sans surcharge dramatique, comme sur la classieuse ‘Have You Ever Been In Love’ (où l’Irlandais chante comme un crooner de poche) et la magnifique ‘Down In The Street Below’, entamée sur le ton de la confidence au piano avant d’accueillir cuivres et cordes virevoltants, banjo et clochettes sur un rythme primesautier.

L’indolence baroque de ‘Neapolitan Girl’ et la cavalcade amoureuse ‘I Like’ filent des frissons en renvoyant carrément aux grandes heures de Liberation (1993) ou Promenade (1994). Parfois trempée dans l’encre noire d’une satire sociale mordante, la plume de Neil Hannon fait toujours des merveilles (‘The Complete Banker’ est à la fois une sucrerie pop imparable et le portrait hilarant d’un banquier neuneu glosant sur la crise financière). L’album enquille les joyaux comme une pyramide colorée, au sommet de laquelle triomphent deux perles : ‘Assume The Perpendicular’, étourdissante spirale cuivrée guidée par un piano sautillant, et le tube attendu ‘At The Indie Disco’, possible réponse au classique ‘Europop’ et lettre d’amour à la pop du samedi soir, celle qui touche et réunit les gens et les retient de vieillir.

5/6

Vincent Théval
Magic, revue pop moderne 143, 06/2010