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"Neil Hannon plus sombre, plus grave, plus mûr..."

Après avoir réalisé un de ses rêves les plus fous (jouer avec un grand orchestre), de quoi pouvaient être dorénavant fait les rêves de Neil Hannon, maître d'œuvre de The Divine Comedy. L'appréhension ne pouvait que nous habiter alors que l'on nous annonçait la sortie toute proche de son album visionnaire intitulé "Fin de siècle". Le petit blondinet se serait-il laissé aller à pousser la mégalomanie jusqu'à se séparer de ses fidèles acolytes pour ne plus jouer qu'avec un grand ensemble, pour mieux exprimer ses rêves de dandy, de Casanova? Mais c'était sans compter sur la capacité de l'homme à se remettre en question, à synthétiser tout ce qu'il avait pu apprendre au contact du Brunel Ensemble lors de l'enregistrement de l'album "A short album about love". On avait sûrement oublié trop vite que Monsieur Hannon est doté de trois attributs : le cynisme, l'humour et la lucidité; trois qualités qui lui ont évité la tarte à la crème de la scène pop et la noyade dans la mare de la mégalo.

Newcomer : Comment êtes-vous revenu à la réalité après un projet aussi fou et coûteux ?

Neil Hannon : Setanta a été très compréhensif et nous a donné beaucoup plus d'argent que ce qui était initialement prévu pour produire "a short album...". "Fin de siècle", lui, a coûté à peu près la même somme que "Casanova".

Sur ce dernier album, j'ai été plus intelligent et nous avons travaillé de manière plus efficace. D'habitude, nous ne savons jamais dans quelle direction nous allons. Nous superposons toujours plusieurs morceaux pour arriver à un résultat des plus bizarres. Pour "A short album", je voulais savoir ce qu'un grand orchestre pourrait apporter à nos musiques, et je crois que le résultat n'était pas mal, même si ce n'est pas l'album du siècle. Pour "Fin de siècle", nous avons mélangé l'artisanat pop de "Casanova" et le son d'orchestre de "A short album".

"Fin de siècle" semble plus torturé, plus sérieux que tes précédents albums ?

Il est plus sérieux. Ce n'est pas que mes précédents albums n'étaient pas sérieux, mais ils avaient ce côté léger, dont je m'éloigne avec "Fin de siècle" qui, lui, va plus à l'essentiel. Mais ça ne veut pas dire que j'ai abandonné l'humour !

Est-ce l'album de la maturité ?

Je me sens plus adulte. "Casanova" était l'album le plus immature possible. Je m'amusais à jouer l'écolier qui ricane sans arrêt. Mes chansons se voulaient sérieuses mais revêtaient cet aspect marrant. "Fin de siècle" par contre, présente des sujets plus divers, une sorte de collection d'observations.

Ne te sentais-tu pas prisonnier de toujours les mêmes sources d'inspirations : les femmes, l'amour, le sexe ?

Je devais vraiment m'éloigner de cette légèreté. J'en avais assez de cette image de dandy la cigarette à la main, l'imbécile de la haute société. Bien sûr, j'ai aussi participé à l'élaboration de cette image. Il faut dire que la presse spécialisée était à ce moment-là en quête d'un tel personnage et je cadrais parfaitement.

Tu jouais un jeu avec les médias en quelque sorte...

Oui, j'ai totalement joué un jeu. Mais j'ai aussi incarné ce personnage de dandy car il correspondait à ma musique, à l'époque. Ce personnage ne collerait plus à "Fin de siècle".

Comment vas-tu te présenter aux médias et au public, dorénavant ?

Comme un entrepreneur de pompes funèbres : cravate noire et costume sombre. Je vais reprendre le look que j'avais à la sortie de mes deux premiers albums "Liberation" et "Promenade". La vérité, c'est que je n'ai jamais cherché à ressembler à quelqu'un ou à quelque chose. Je porte des costumes parce que c'est anonyme et que le public peut alors se concentrer sur la musique. Je veux que les gens s'intéressent à ma musique et rien d'autre. Mais, encore une fois, je ne vais pas avoir l'air de grand chose, désolé !

Le grand orchestre offrait de larges possibilités instrumentales. Comment as-tu recommencé à travailler avec des possibilités plus réduites ?

Nous avons utilisé un grand orchestre pour enregistrer cet album, ainsi qu'une chorale. Mais nous savions que nous ne pourrions pas l'emmener avec nous en tournée. Ainsi, nous nous sommes assurés que tous les morceaux pourraient être rejoués facilement. Je n'étais toujours pas sûr de l'idée de symphonie autour de mes chansons. Mais nous avons bénéficié de bons équipements et de moyens financiers conséquents pour se mettre au travail. Je craignais que cet enregistrement soit un retour en arrière, sans ambition du style : "Nous n'arriverons jamais à obtenir le son tant espéré, alors à quoi bon essayer"! Mais il valait mieux essayer et échouer que de ne rien faire.

The Divine Comedy est le groupe qui vend désormais le plus chez Setanta. Ressens-tu plus de pression désormais ?

Nous n'avons jamais subi de pression artistique de la part de Setanta. Personne ne te dit jamais ce que tu dois faire. Bien sûr, Keith (le boss de Setanta) est toujours heureux de me dire quand il n'aime pas quelque chose. Mais ça ne veut pas dire que je dois en prendre note ! Et pour la pression financière, je crois que tout le monde en subit, que ce soit dans la musique ou ailleurs.

C'est quand même étrange de vous retrouver à l'affiche de festivals d'été (Glastonbury, Reading). Votre musique ne nécessite-t-elle pas des endroits plus intimes ?

Nous n'avons pas vraiment lancé l'album à cette occasion. Nous n'avons pas joué beaucoup de nouvelles chansons. Nous attendions notre tournée d'automne. Nous aurions pu faire tous les festivals possibles, mais la sortie de l'album en aurait pâti. Cependant, les festivals d'été sot des événements trop importants pour être ignorés. C'était aussi une question de timing. D'un côté nous ne voulions pas attendre septembre pour jouer, et de l'autre, nous ne pouvions pas faire une tournée cet été car personne ne serait venu.

Tu n'as pas peur de perdre cette relation de proximité avec le public qui est l'un de vos points forts ?

Nos différentes expériences passées dans de grands rassemblements se sont toujours bien déroulées. Je pense que nous sommes arrivés à établir une bonne connexion avec le public. Je n'ai pas peur de jouer dans de grands endroits, devant un public très nombreux. En 1983, Bono a dit sur scène que U2 ne jouerait jamais dans un endroit plus grand que le Brixton Academy et regarde où ils sont arrivés ! Je ne vais pas non plus dire comme Bono "nous ne joueront jamais dans un endroit plus grand que telle ou telle salle". Ce serait injuste pour les gens qui achètent nos disques, de ne pas jouer dans des salles d'une assez grande capacité pour que le maximum de personne vienne nous voir. Je n'ai pas peur d'avoir du succès. Au contraire, je veux que le groupe ait du succès !

Tu as toujours essayé de te tenir à l'écart de la scène indie et pop anglaise. Abandonnerais-tu le combat ?

Je ne me suis jamais battu sur ce terrain. Je me suis seulement battu pour mes chansons. Je n'ai pas l'impression d'avoir fait des compromis sur ma musique. Dès le début, nous avons dû jouer le jeu, le jeu d'être pop. Nous n'avons pas sorti de single du premier album car nous n'en avion pas les moyens. Nous aurions pu faire un clip qui en jetait, tout en esbroufe, mais nous n'en avons pas non plus eu les moyens. Aujourd'hui, si l'envie me prenait d'écrire un morceau de 15 minutes avec seulement 32 notes, je le ferais !

Tu as participé à un enregistrement pour une oeuvre de charité et tu as aussi chanté "Oh Yeah" avec Ash. Cela veut dire que tu envisages de futures collaborations ?

Non, pas vraiment... J'ai enregistré ce texte de Noel Conward au profit de Red Hot Trust Aids Charity pour trois raisons: j'aime ce qu'a écrit Noel Conward. De plus, c'était pour une bonne cause. Enfin, Neil Tennant (Pet Shop Boys, producteur du projet) m'a supplié de participer en m'offrant du champagne très cher et ce n'est pas un homme à qui on peut dire non ! J'ai chanté avec Ash car ce sont des "p'tits gars du pays" et nous nous sommes retrouvés au même endroit au même moment. Mais c'était pour se marrer avant tout. Toutes ces opportunités sont venues à moi sans que j'ai eu le temps de les prévoir et d'y réfléchir. Je ne refuse pas catégoriquement de travailler avec d'autres personnes. Nous avons eu l'occasion de travailler avec Muchael Nyman et nous l'avons fait tout de suite car je suis un grand fan. Si Scott Walker m'appelait demain et me disait : "Neil, Neil, j'ai besoin d'un orchestre pour m'accompagner" je n'hésiterais pas non plus une seconde.... par contre si c'est Bryan Adams qui me fait la même proposition, ma réaction ne serait pas la même ! Je n'ai jamais ressenti de connexions profondes avec un autre musicien et cela n'a jamais été un problème. En fait c'est beaucoup plus facile de se donner sons propre son et sa propre image individuelle, bien sûr, car en tant qu'être humain je pense que je ressemble à beaucoup d'autres, je ne suis pas si unique. J'aime être étrange et que l'on ressente mas musique comme une musique particulière, à part.

Tu es très inspiré par les années 60. Crois-tu que la fin de ce siècle nous réserve une agitation musicale et culturelle aussi intense que dans les années 60 ?

Ce serait génial ! Mais j'en doute car tout se désagrège en sous courants et il n'y a plus de mouvement musical ou artistique fédérateur. J'aimerais que la musique soit moins basée sur la population jeune. Le XXème siècle a une obsession : celle de tout orienter vers les jeunes, dans une perspective commerciale et marketing. Je pense que le terme même de "teenager" a dû apparaître avec l'émergence de la société de consommation dans les années 50. Moi, je n'ai jamais eu peur d'avoir des fans de 16 à 60 ans, pour autant que chacun se retrouve dans ma musique.

Qu'attends-tu du XXIème siècle ?

Pas grand chose. C'est ce sur quoi j'ai voulu insister dans mon album. Tout le monde devient fou en pensant à l'an 2000. Mais rien ne va changer, tout se passe dans la tête des gens seulement. J'aimerais que les gens arrêtent de paniquer. J'aimerais que l'on oublie et que l'on efface le révisionnisme, l'obsession des années 90 pour tout ce qui est rétro. Personne n'a vraiment sorti quelque chose d'original dans les années 90.

A l'écoute de "Fin de siècle", on ressent cette période comme un chaos ?

Les chansons sont toutes plus chaotiques. J'aime la connexion des styles et c'est seulement en m'inspirant d'autres styles musicaux et en les arrangeants à ma sauce que je peux obtenir quelque chose de nouveau. Quand les chansons deviennent plus chargées, plus sombres, c'est que la musique m'y a naturellement emmené, elle m'a dicté cette direction. Pour "Erik, the gardener", par exemple, j'ai développé et développé encore le thème jusqu'à obtenir un son bien différent de la mélodie de base. Nous avons expérimenté beaucoup plus sur cet album.

Tu as samplé deux morceaux de la Dolce Vita sur "Generation sex"....

Ce film reprenait bien le message de "Fin de siècle": les médias sont à la base de la société actuelle. "Generation sex" parle des tabloïds. Les gens se plaignent des tabloïds mais ils ne cessent pas de les acheter. Il règne une hypocrisie totale sur ce sujet.

Tu es très inspiré par le cinéma. A quand une comédie musicale signée Neil Hannon ?

Quand j'aurais trouvé une bonne histoire. Pour le moment, j'aimerais écrire la musique d'un jeu Play Station. Ca, ça m'amuserait !


Charline Corbel
Newcomer, 1998