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Promenade

Généralement, les thèmes des concepts albums brillent par leur ambition démesurée, leur soif d’explorer l’univers ou d’analyser en profondeur les fondements de notre société. Toutefois, là où Nick Wakeman s’inspire du ‘Voyage au centre de la terre’ de Jules Verne, là où pete Townshed brosse en quadriphonie la situation socio-politique de l’Angleterre des sixties, là où Holst s’attaque aux planètes, Divine Comedy se contente de relater la journée du 31 janvier 1999 d’un couple anglais. Néanmoins, malgré l’absence d’extravagance de l’argument, l’aptitude de Neil Hannon à brasser les nuances, son perfectionnisme chronique et ses inspirations respectables (Scott Walker, Brian Wilson, Michael Nyman) laissaient présager les moults rebondissements que ce mince fil conducteur négligeait de promettre. Or, voici un album un peu plus classique, un brin plus difficile et un chouïa plus sûr de lui que le précédent, mais qui lui ressemble trop bougrement, dans ses grandes lignes pour nous réserver la moindre surprise. Sans doute eut-il fallu nous laisser plus de temps pour digérer Liberation avant de remettre le couvert pour un second service que l’on a pas assez faim pour apprécier, comme lorsque Polly Harvey nous balance ses démos aux oreilles aussitôt après la sortie de l’album officiel. De plus, il est très décevant que les bonnes idées soient, soit là reprise de ficelles déjà utilisées (contrebasse, violoncelle, violons, chœurs, voix en retrait, narrations, extraits de dialogue de films), soit le pillage d’autres artistes. À titre d’exemple, la chansons Book lovers consiste en l’énumération monotone de noms d’écrivains célèbre, tout comme A House déclinait dans Endless art l’identité de nombreuses personnalités disparues. Et ceci sur le même label ! Clin d’œil, second degré ou imagination en rade ? Mauvais présage et initiative superfétatoire, quoi qu’il en soit, tout comme l’idée saugrenue d’introduire The drinking song par un rot plus que sonore dont les aspirations réalistes n’excusent aucunement son obscénité profonde au cœur de la recherche d’élégance dont veulent se parer les morceaux. Aura-t-il donc suffit de quelques mois pour que Neil Hannon s’embourbe dans la comédie après avoir frôlé le divin ?


Jean-Michel Faivre
Premonition 16, 05/1994