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Casanova

Dans le fond, rien n’a changé chez le bon vieux Neil. Casanova rassemble tous les critères de l’album-type de Divine Comedy, avec tout ce que cela suppose de bricolages hardis, d’accès de grandiloquence et d’humour. Le problème se trouve ailleurs, il se pose en termes de mesure car Casanova pousse trop souvent ces traits caractéristiques au seuil de la caricature et de l’agacement. Là où Liberation excellait dans sa production légère voire cheap, Casanova s’enfonce dans une production un peu trop emphatique. L’arrivée des cuivres n’arrange ne rien l’affaire, leur orchestration pas toujours très réussie empêche des chansons comme ‘Middle-Class Heroes’ de briller comme elles le devraient. L’emphase est un exercice périlleux qui ne s’accommode pas toujours avec l’écriture de Neil Hannon. D’ailleurs, tout au long de l’album, le spectre de Scott Walker (version Scott 2) n’en finit pas de hanter la musique de notre Irlandais, pas forcément pour le meilleur.

Quant à l’humour, Neil Hannon ne nous épargne pas son vieux réflexe, dont il a maintes fois usé sur scène, qui consiste à forcer ses effets, pour s’excuser de ces envolées tellement lyriques et ambitieuses qui semblent le gêner. Résultat, ‘Charge’ se retrouve ainsi défiguré par un gros pastiche de Barry White dont l’intérêt reste à prouver. Au final, il nous reste l’instrumental ‘Theme From Casanova’, ‘Songs Of Love’ ou ‘The Frog Princess’, ces quelques petites splendeurs dignes de Promenade que tous ces défauts de mise en œuvre n’ont pas réussit à entacher. Un léger sentiment de frustration, donc, qui ne nous empêchera pas d’espérer que les erreurs de Neil Hannon soient passagères.


Quentin Groslier
Premonition 04/1996