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A Short Album About Love

A Short Album About Love est l’occasion de rouvrir le dossier Divine Comedy, trop longtemps dédaigné dans ces pages et, une fois n’est pas coutume, d’endosser l’habit magnanime du défenseur. Que reprochait-on exactement au blondinet Neil Hannon ? Principalement un calamiteux Promenade, bas-baroque de pacotille. La parole à Fabrice P. – mon surmoi musical – qui s’est infusé en ma présence les œuvres du brimborion symphonique : “c’est vide, clinquant, totalement décadent au sens où il refait en plus mal ce que d’autres ont réussi avant lui. J’imagine très bien ce mec se branler dans de la soie mauve en écoutant les horreurs qu’il écrit”. Diable ! Témoin à charge, Frédérique D. – c’est mon ça musical, elle écoute Diana Ross – s’insurge : “Il est naze Fabrice ! C’est cool, Divine Comedy. Ça met de bonne humeur, les concerts sont super-bien et en plus son guitariste, je lui ferais bien une démonstration de technozeub backstage”. Plus prosaïquement, on se penchera sur A short album about love en tentant de concilier les principes de plaisir et de réalité. Glosons un brin sur cette épidémie qu’est ‘l’album à grand orchestre’. Vieux fantasme classique de musique à papa, tout le monde y glisse comme sur un étron matinal, de Scott Walker à Céline Dion, en passant par les Tindersticks. Brandissant ses vingt-six musiciens, Neil Hannon présente son profil tête-à-claques qu’il escamote en coup de vent : la Panzerdivision sonique invoquée est en fait assez discrète et mise au service de ce qui existe de plus bâtard en matière de format, le mini-album. A short album about love atteint un équilibre presque parfait entre les ambitions démesurées de son créateur et un complexe d’infériorité infiniment plus pesant, comme si le falbala orchestral servait à compenser une voix incapable de répondre à la grandeur des enjeux et qu’il sadise de dépit dans des envolées souvent limites (cf. la cover de I know it’s over, le final de If…). Plus ici qu’ailleurs, Neil Hannon se livre. Moins foisonnant que Liberation, moins pompeux que Promenade, moins fielleux que Casanova, A short album… est un disque simplement humain rempli de peurs et de joies stupides. Les paroles ont gagné une simplicité que d’aucuns jugeront suspecte (Everybody knows I love you), les grands sentiments coulent à flots (Someone, In pursuit of happiness), avec au beau milieu, deux merveilles, If…, d’une monomanie sublime et I’m all you need, peut-être sa plus grande chanson. Pour le coup, l’on fermera les yeux sur certains arrangements chichi-plan-plan et sur la reprise inutile de Timewatching, dont la détresse en jolis drapés bien mis nous révulse toujours. Avec ce grand petit disque, Neil Hannon gagne ses galons d’idole romantique : le petit Poucet a bouffé tout cru l’ogre et court dans ses bottes de sept lieues sans plus se casser la gueule.


Christophe Despaux
Premonition 26, 03/1997