a short site about The Divine Comedy

Promenade

Neil Hannon n’aime pas le rock. Ou plutôt, il s’est aperçu un beau matin qu’il n’aimait plus le rock. Ainsi, lui même préfère passer sous silence les débuts de sa Divine Comedy, empêtrée à chercher un juste milieu hypothétique entre U2 et My Bloody Valentine. L’an passé, ce frêle Irlandais n’hésitait pas à se remettre en question et à se jeter à l’eau sur le fort bien nommé Libération, album paisible qui devait autant à Rachmaninov qu’aux Associates, à Gainsbourg qu’à Scott Walker. A peine un an plus tard, le jeune homme récidive, emprunte la même voix pour cette Promenade bucolique. Mais ici, il se livre sans retenue, va jusqu’au bout de ses aspirations, affiche ses ambitions sans montrer la moindre once de grandiloquence. Il rêve d’une double nationalité franco-irlandaise qu’on lui accorde les yeux fermés, utilise des dialogues de A Bout De Souffle et joue à Jacques Brel. ‘A Seafood Song’ pourrait ainsi devenir son ‘Amsterdam’, ‘Ten Seconds To Midnight’, une comptine universelle. Violons, avec ou sans sel, hautbois et piano laissent juste l’espace nécessaire à quelques notes de guitares acoustiques, ou à une batterie discrète. Entre cinéma et littérature, entre Eurovision et hit-parade, Promenade inaugure d’un nouveau genre, une pop musique de chambre où Michael Nyman et Vim Mertens se retrouveraient dans le même studio que Ray Davis et Paul Weller. Soit une œuvre classique, au propre comme au figuré. Neil Hannon peut donc marcher d’un pas allègre, la tête haute. Car, la reconnaissance est au bout du chemin.


Christophe Basterra
Rock & Folk 06/1994