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"Mes chansons sont très bonnes..."

Le nouvel album de Divine Comedy est autre chose. Simple, basique, retrouvant les racines du groupe de Neil Hannon tout en faisant appel à un orchestre de trente musiciens. Contradictoire? Pas pour l’ambitieux Neil Hannon.

On peine à reconnaître Neil Hannon, à son arrivée sur la scène des Riverside Studios. Son allure surprend. Pour faire découvrir au (petit) public londonien son nouveau disque, le chanteur de The Divine Comedy a troqué sa tenue de dandy rigolo contre un pantalon large, un T-shirt serré et des cheveux longs. “Nous avons décidé de ne plus porter de costumes, expliquera-t-il le lendemain. Nous ne pouvons plus nous habiller ainsi et jouer ce genre de musique. Cela fait partie du processus pour parvenir à être en harmonie avec nous-mêmes. Je n’ai plus besoin de ma cacher derrière cette armure, et puis maintenant je peux le faire grâce à mes cheveux. ” Ce soir, le groupe va reproduire fidèlement l’intégralité de ‘Regeneration’ avec, en plus, quelques classiques (‘Generation Sex’ ou l’impressionnant ‘Sweden’). Outre le changement d’apparence donc, de maison de disques et de concept de pochette (on n’y voit plus le visage du chanteur), c’est surtout la musique qui est différente.

Stylo
Selon Neil et Joby Talbot (multi-instrumentiste et arrangeur de longue date), l’album est avant tout “sincère” et “intimiste”. Il faut voir en Regeneration une “suppression de tous les éléments pastiches de notre musique. Le genre de choses qui nous tenaient tant à cœur auparavant. Attention, je ne décrète pas que tout ce que nous avons fait par le passé ne vaut rien, loin de là, c’est magnifique (rires). Nous avons simplement eu l’impression d’être arrivé au bout d’une route. Il aurait été impossible d’enregistrer deux cents musiciens sur le disque.” Pour concrétiser cette sobriété nouvelle, le groupe a fait appel à Nigel Godrich. Les deux ne tarissent pas d’éloges à son égard. “Sa qualité principale est de savoir nous arrêter”, admet Joby. “La mélodie de ‘Perfect Lovesong’ est très sixties, elle rappelle les Beach Boys. Nous nous apprêtions à en faire le plus grand pastiche de l’humanité, avec des timbales et plein de chœurs aigus stupides, Nigel est arrivé et à dit: ‘Pourquoi? En quoi est-ce utile?’ Malheureusement, il avait raison, tout le monde peur parodier les Beach Boys”, confesse Neil. Sur scène comme sur disque, le groupe compte désormais sept membres, c’est pour le leader la “raison d’être” (en français) du disque. On jurerait presque que la musique de Neil Hannon a perdu de sa loufoquerie comme sur Promenade (1994) ou Casanova (1996): “L’humour peut être mêlé à d’autres sentiements. Pourquoi pas la tristesse?” Même si ses paroles l’amusent toujours beaucoup: “‘Lost Property’ parle du fait de perdre des choses auxquelles on tient: pas l’amour de sa vie, seulement un stylo qu’on aime beaucoup (rires).” Il n’empêche, Regeneration est nettement plus supportable que ses prédécesseurs. “Il fallait passer par ces étapes, c’est vrai qu’il s’agit d’un tournant. […] En gros comme beaucoup de groupes, on se doit d’évoluer et devenir adulte.

Canard
Ces jours-ci, le fonctionnement de The Divine Comedy semble être plus démocratique: “Musicalement, oui, dans la mesure du possible. Nous n’en sommes pas au point de composer tous ensemble, de toute façon mes chansons sont très bonnes (rires).” On peut le trouver un peu fier, mais il est trop sympathique pour être vraiment arrogant. Tout cela est très feutré, Neil et Joby boivent du thé, ont de belles chansons et savent les jouer parfaitement. Le seul problème est que pendant le concert, mêmes les fans invétérés ne poussent pas des hurlements de joie, ils se contentent d’approuver les arrangements savants. Dans la salle, Jonny Greenwood (de Radiohead) et sa femme applaudissent à juste titre, on soupçonne malgré tout le guitariste de préférer son combo oxfordien. Neil Hannon chante magnifiquement bien et est extrêmement détendu. Il est considérablement fluet mais sa nouvelle panoplie lui autorise tous les excès: “Waow, j’ai enfin cassé une corde de guitare!” Après avoir oublié un couplet (que la foule lui a gentiment susurré), il avoue de sa voix de canard voulant jouer au crooner: “Je suis vraiment un branleur!” Il se justifiera à froid: “C’était sur le moment. Dans la vie, je ne suis pas un branleur.


Basile Farkas
Rock & Folk 04/2001