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Victory For The Comic Muse

Au siècle prochain, on pourra toujours écouter ce disque sans grincer des dents. Parce qu’à l’instar des talons aiguilles et du Dry Martini, le son de Divine Comedy est indémodable et que Neil Hannon, unique membre du groupe irlandais à géométrie fluctuante, n’appartient à aucun courant. L’homme préfère les costumes cintrés aux Converse, l’ennui de fin de siècle (en français dans le texte) à la rage qui décoiffe, les arrangements froufroutants (il n’y a pas d’adjectif pour décrire ses confections sonores en équilibre précaire entre élégance outrée et débordement de chantilly) aux riffs rentre-dedans. Il vit dans un univers où temps et buzz n’existent pas. Lui seul ose avancer qu’il a composé cet album sans le faire exprès, comme si la notion de dur labeur était vulgaire pour cet esthète qui ferait passer Bryan Ferry et Rufus Wainwright pour des soudards. Ce neuvième album en 16 ans de carrière se prélasse avec nonchalance sur la hi-fi, dévoilant au passage tous les atouts du divin Neil. Il y a ces ballades toutes en cordes et mélancolie aux montées en puissance ébouriffantes. Ce ton, blasé, teinté d’autodérision, d’humour et de nostalgie pour un passé idéalisé qui n’a jamais existé. Ces mélodies instantanément séduisantes: ‘To Die A Virgin’ évoquant ‘The In-Crowd’, reprise immortalisé par le Ferry suscité, ou l’enlevé ‘Mother Dear’ et son irrésistible intro au banjo. Et il y a ces histoires comme celle de ‘A Lady Of A Certain Age’, portrait d’une femme du monde en plein déclin à laquelle Hannon s’identifie pour faire preuve de tant d’empathie. A adorer en bloc. Ou à détester comme l’énième avatar de la tête-à-baffes attitude. On a choisi notre camp.

4/5

Isabelle Chelley
Rock & Folk 07/2006