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Casanova

C’est sur les rives de la Lagune que Neil Hannon s’en est allé pêcher les nouvelles merveilles de sa dernière livraison, sans cesse retardée par son perfectionnisme, ou son manque d’assurance, on ne sait plus très bien, et après une bucolique Promenade toujours des plus recommandables, le petit Irlandais nous revient sous les traits du séducteur vénitien. Mais loin de célébrer le libertinage, Hannon et sa verve aussi malicieuse que pertinente fustige au contraire quelque peu la légèreté de ses contemporains. Ainsi du séducteur patenté de la première chanson, piégé par sa belle qui, prétextant entendre un bruit provenir du hangar à bois, l’assomme avec une bûche et se fait la mâle avec voiture et argent! Plus loin sur ‘Songs Of Love’, une de ces ballades galantes teintées de clavecin où il excelle décidément, Hannon appelle à l’exaltation des sentiments par les mots et non par les actes, de sa plume la plus savoureuse. Il aura entre temps férocement égratigné la classe moyenne dans ‘Middle class heroes’, puis étonnamment pastiché tour à tour Barry White et Prince (!!) au milieu du complexe ‘Charge’. Musicalement, grâce sans doute aux moyens importants dont il a enfin disposé, l’audace et la beauté pure de certains passages dépassent l’entendement. Songwriter d’exception, notre gringalet atteint des sommets quoi qu’il aborde: le discret habillage easy-listening 60’s de ‘Becoming more like Alfie’, la mélodie terrassante de ‘Frog princess’ laissent pantois, le ‘Theme from Casanova’ retrouve la douce mélancolie du meilleur Ennio Morricone (l’ampleur des cordes!), alors que le trublion magnifique accomplit ses fantasmes de meneur de revues sur l’air de cabaret de ‘Woman of the world’. Neil Hannon c’est un peu le Jarvis Cocker de ‘Something changed’, débarrassé de ses perversions et de sa subversion, assumant pleinement son romantique et sa grandiloquence candide. Comme sur ce dernier morceau enfin, ‘The dogs and the horses’ où plus Brel que jamais, Hannon nous gratifie d’envolées sidérantes. Oui, définitivement, le vrai courage est ici…


Laurent Garcia
Rock Sound 03/1996