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Bicorne de Muse

Neil Hannon, l’homme orchestre de Divine Comedy, se tient à carreau.
Neil Hannon, l’homme orchestre de Divine Comedy, se tient à carreau.
L’album de The Divine Comedy annonce une victoire. Mais sur quoi?

En réalité, les premières écoutes de ce Victory For The Comic Muse, neuvième album de la formation britannique, sont plutôt déconcertantes. L’époque du Divine Comedy triomphant et de sa pop Paris-Brest, celui de Casanova, ‘National Express’ ou ‘Songs Of Love’, légendaire générique de la série télévisée Father Ted, paraît révolue. Et Neil Hannon, auteur-compositeur-chanteur-arrangeur et presque tout le reste, semble prêt à retomber dans les abysses d’une variété baroque, dont les profondeurs avaient été tristement atteintes il y a quelque années avec le très indigeste mini-Lp A Short Album About Love.

Déjà, il paraît clair que The Divine Comedy en tant que groupe n’existe bel et bien plus, et cela depuis l’album précédent, le splendide Absent Friends. “Oui et non, répond en riant le chanteur qui vieillit bien, a contrario de ses vêtements, de plus en plus élimés. Tout musicien qui fait partie de mon groupe à un moment donné est membre de Divine Comedy. Mais bon, Divine Comedy, c’est moi (rires). Les gens que j’emploie font tous partie d’un ‘pool’ de musiciens avec qui je collabore depuis près de dix ans. Ils viennent tous des mêmes conservatoires, le Guildhall et la Royal School of Music. En plus, on a tous le même âge. Nous avons grandi ensemble.” The Divine Comedy, en tant que pop band, c’est fini alors? Hannon a définitivement pris le pouvoir? “En fait, j’ai toujours eu le contrôle de tout au sein du groupe, sauf pour l’album Regeneration en 2001 qui était un vrai disque de groupe. Mais honnêtement, je ne me suis pas tellement amusé (rires)! J’ai ces idées grandioses et idiotes dans la tête et c’est difficile de les expliquer à d’autres. En fait, ce qui m’amuse, c’est de m’enfermer chez moi, dans mon grenier, avec mon ordinateur, et de littéralement construire les morceaux.

Apparemment, ce Victory For The Comic Muse est l’aboutissement d’une longue période, postérieure à la tournée ayant suivi la sortie de Absent Friends où Neil a surtout écrit pour les autres – dont Jane Birkin (‘Home’ sur l’album Fictions sorti en mars dernier) et Charlotte Gainsbourg. “En fait, je devrais encore être en train d’écrire pour les autres, rétorque-t-il. Mais plus je le faisais, plus j’avais des idées pour The Divine Comedy, et j’ai fini par être obligé de faire un disque, sinon des dizaines de chansons auraient fini à la poubelle! Mais j’ai essayé de travailler au plus vite. Je ne voulais pas faire un album qui, comme certains autres, aurait consumé deux ans de ma vie. J’aime faire des disques et tourner, mais j’aime aussi rester à la maison, promener le chien. Non, je ne veux pas finir comme Billy Bird (l’éternel voyageur en classe affaire, héros malheureux d’une merveilleuse chanson sur le disque précédent – ndr) !

On lui souhaite, d’autant qu’après exploration approfondie, Victory… se révèle être un très chouette disque. Alors un partout, la balle au centre.


Cultures & Dépendances
Film culte:Chambre avec vue, de James Ivory, avec Helena Bonham Carter et Daniel Day Lewis. Magnifique tout simplement.”
Disque culte:The Draughtsmans Contract, le tout premier album de Michael Nyman. C’est la Bible de tout musicien à mes yeux.”
Livre Culte:Lucky Jim (Jim La Chance en français), de Kingsley Amis, écrit en 1954. L’histoire d’un prof d’université opportuniste.”
Object Culture: “Mon carnet Moleskin. Je ne le quitte jamais.”
Collection: “Tout ce qui concerne de près ou de loin Woody Allen.”


Rêve secret: Neil Hannon adorerait composer la B.O. d’un long métrage mais il est trop timide ou trop fier pour aller cogner aux portes des réalisateurs et des producteurs. A bon entendeur…


Manuel Rabasse
Rolling Stone France 42, 07-08/2006