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L'âge de raison

Les fans de Divine Comedy risquent d’être fort surpris à l’écoute de Regeneration, leur sixième album. Avec Nigel Godrich (Radiohead, Travis…) à la production, le groupe prend de l’ampleur sans perdre son humour…

Depuis Fin De Siècle, tu as eu trente ans, tu t’es marié. Ça fait beaucoup de changements.
Neil: Ce n’est pas la ménopause! J’ai l’impression que c’est ce que tout le monde croit. Mon changement n’est pas si violent.

Même physiquement, tu es différent
Neil: Non, ça fait juste quelque temps que je ne suis pas allé chez le coiffeur (il arbore une coiffure de minet très élaborée). C’est la paresse, c’est différent. Je suis toujours le petit maigrichon de service et puis tout le monde se transforme avec l’âge.
Stuart (claviers): Je crois que l’album reflète une maturité nouvelle. Quand tu vieillis, tu es un peu plus sage et moins “Je vais être le maître du monde”. Tu es plus ouvert, tu ne cherches plus à te déguiser ou à faire croire à quelqu’un d’autre.
Neil: Je suis beaucoup moins attaché à ce que je parais être. Ça ne m’intéresse plus d’avoir l’air intelligent ou de faire mon show. Que les gens aiment ou non, c’est leur choix.

Comment s’est passé le travail avec Nigel Godrich?
Neil: Nous avions cherché des arrangements de notre côté, pendant qu’il travaillait sur le Radiohead, mais quand nous lui avons proposé nos idées, il a préféré repartir de zéro. Nous avons pu nous le permettre parce que nous avions suffisamment de temps. Nigel était comme un chef d’orchestre: il nous a encouragé, mais ne nous pas obligé à aller dans une direction particulière. Il a cherché a déclencher de la spontanéité, même si la plupart du temps, ça n’a pas fonctionné.
Stuart: Il a fait un travail très physique. Ce que tu entends est enregistré tel quel, ce n’est pas traité. Il n’utilise pas de filtres.

Comment s’est exprimé le changement pour vous?
Neil: Je suis très sincère, surtout dans les textes! Ça, c’est nouveau pour moi.
Stuart: Tu n’essaies plus de te cacher derrière des métaphores. Tu es devenu très ‘premier degré’.

Même quand tu te montres sentimental et romantique?
Neil: Il y a des quantités de gens plus romantiques que moi. En fait, j’en suis arrivé à un point où je ne sais plus ce que ce mot signifie tellement il est galvaudé.

Quand tu dis: “We’ll stay together/Forever and a day”.
Neil: C’est pour paraphraser les Beach Boys dans God Only Knows. Je ne dit pas: “Je t’aimerai pour toujours”, mais “Je resterai avec toi”, ce qui est différent. C’est plus honnête. On se lasse probablement de l’autre au bout d’un certain temps, mais l’engagement est une chose à prendre au sérieux.
Stuart: C’est un cap important.

I wanna be with the big boys/I wanna ride with the tough guys/On a japanese motorbike”. Tu aurais vraiment voulu être Bon Jovi?
Neil: Non! C’est plus une chanson pour le fun. Les gens attendent des réponses que nous ne pouvons leur offrir. Ils croient qu’on va leur donner la clé pour atteindre un niveau supérieur, enfin quelque chose dans ce goût-là. Ils s’attendent toujours à ce qu’on ai des idées géniales.
Stuart: Souvent, ils transforment nos chansons pour qu’elles répondent à leurs souhaits. C’est très bizarre.

Sans doute parce que les textes sont drôles et distanciés
Neil: Je ne vois pas d’autre solution. Franchement, est-ce que quelqu’un sait vraiment pourquoi on est sur Terre?
Stuart: Et quel est le sens de la vie?
Neil: Je ne vois que les Monty Python pour avoir réussi à s’approcher de la vérité.

Une pop star, c’est pathétique ou admirable?
Stuart: C’est un peu ridicule, non?
Neil: Certains veulent devenir des pop stars, d’autres préfèrent jouer de la musique. Ça m’énerve que les gens préfèrent se concentrer sur ce qu’ils ont à dire ou sur leur garde-robe plutôt que sur ce qu’ils ont a faire, c’est-à-dire écrire de bonnes chansons pour leur public.

Êtes-vous nostalgiques des années 60?
Neil: Non, mais il y a eu d’excellentes chansons qu’on ne peut ignorer. Et puis je pense que si j’étais né il y a cent ans, je n’aurais pas survécu au-delà de l’âge de deux ans.
Stuart: Quoi qu’il en soit, tu dois apprécier au mieux ton époque, quelle qu’elle soit.
Neil: Tout à fait d’accord.
Stuart: La meilleure chose à faire, c’est de s’amuser, et c’est ce que nous faisons.
Neil: À notre époque, nous avons la chance d’avoir beaucoup plus d’opportunités. La différence entre les classes sociales s’est beaucoup estompée au fil des ans. Si nous étions nés il y a cent ans, on pourrait s’exprimer chanceux d’être dans les 5% qui échappent à la misère.


Héléna McDouglas
Startup 03/2001