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Interview

Neil Hannon n’a pas changé: en 2010, il garde toujours cette allure de jeune homme frêle aux regard bleu azur et aux manières so british.

Même avec de grosses galères de transport pour rallier sa terre de prédilection, la France et donc Paris, Neil Hannon, tout juste un peu fripé par le voyage, reste flegmatique: “pendant tout le temps de mon trajet, j’aurais pu composer une chanson intitulée ‘Treize heures de train et de ferry à cause d’un volcan islandais’… Mais je voulais absolument débuter la promotion du mon nouvel album ici à Paris. Je reste toujours très lié à la France, j’y ai fait des choses que jamais je n’aurai pensé faire comme être éditorialiste et reporter pour le magazine Les Inrockuptibles! Ils m’avaient envoyé interviewer Björk. J’avais passé une journée formidable avec elle mais lorsqu’il m’a fallu écrite l’article, je me suis rendu compte que mon magnéto n’avait rien enregistré! J’étais mort de honte et j’ai juré de ne jamais refaire ce truc.
Effectivement: de Jane Birkin à Valérie Lemercier, Yann Tiersen ou encore Vincent Delerm en passant par Air, Burgalat et Charlotte Gainsbourg, The Divine Comedy a travaillé avec à peu près toute la scène pop française.

Vous souvenez-vous de votre premier concert à Paris en 1993 à la Cigale où, littéralement, ce soir-là le public français vous a déclaré sa flamme?
Oh oui je m’en souviens… J’étais ivre mais tellement bien d’être là, acclamé avec autant de ferveur pour la première fois de ma vie. Car avant, il faut bien avouer que ma musique, quand je jouais en Irlande dans des pubs, laissait les gens plutôt indifférents… C’est ce soir-là à la Cigale que j’ai réalisé mon rêve d’ado: être comme Bono au Wembley Stadium! (rires) Car comme tous les gosses de ma génération en Irlande, j’étais un fan absolu de U2. Mais je possédais déjà un meilleur goût vestimentaire qu’eux.

Vous étiez totalement inconnu du public à cette époque, votre premier album Liberation venait à peine de sortir…
Oui, ils étaient trop occupés à l’époque avec Ride et Suede! (rires) Au fait que sont-ils devenus?… Sans rire, les Anglais et surtout l’Irlande, mon pays, a commencé à s’intéresser à moi avec Casanova. Ils se sont dit que cela devait sans doute parler de sexe. Ce qui était paradoxal car le public en France aimait The Divine Comedy sans forcément comprendre les paroles de chansons.

On ne comprend pas toujours où vous voulez en venir avec, sur ce nouvel album des titres comme ‘Assume The Perpendicular’ ou ‘Can You Stand Upon One Leg’…
Je sais, je n’y peux rien… Pourtant, avec ce disque, je voulais enregistrer des chansons simples et directes. Mais depuis que je possède ma petite maison de disques, Divine Comedy Records, j’avoue me sentir plus libre que je n’étais avec EMI. Je ne dis pas que j’ai dû faire des albums sous la contrainte mais à chaque fois de petits arrangements, on va dire, commerciaux… Certes je gagne moins qu’avant mais j’ai enfin le droit de faire ce que je veux. Ma première envie fut d’écrire un album sur le cricket, The Duckworth Lewis Method qui a eu beaucoup de succès chez les Gallois âgés de plus de soixante ans! Lorsque j’enregistrais Bang Goes The Knighthood, je me disais: “tiens, il n’y a encore eu personne pour venir m’embêter…” Aujourd’hui je ne peux plus me passer de cette indépendance artistique.

Pour cet album, vous voulez qu’il soit plébiscité par qui?
Essentiellement par des gens qui ont le sens de l’humour! En tout cas par des gens qui apprécient mon humour un peu sec et sophistiqué… Il y a des mélodies légères, des clins d’œil à ma jeunesse comme dans ‘At The Indie Disco’ ou ‘Neapolitan Girl’… Car ces nouvelles chansons sont le miroir de mon humeur du moment et je me sens un peu comme un vieil homme dans un corps encore jeune avec ses manies, son savoir-faire et finalement la satisfaction d’être là où je voulais être quand je rêvais de voyager et de vivre de mes chansons…


Hervé Crespi
Start-up 152, 05/2012