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Promenade

Pop d’enfer

Il va finir par énerver, celui-là. Neil Hannon, jeune homme chétif et opiniâtre, genre premier de la classe enfermé dans son grenier avec ses boites de Petit Chimiste, a fait manière de sensation l’an dernier, grâce à un disque concocté solitairement sous le sobriquet de The Divine Comedy.

Sonatines pop ouvragées, tics classiques habilement transcendés, mignons chichis violoneux, tout cela parvenait à être séduisant, parce qu’attendrissant dans la nouveauté. Et les références rituelles de pleuvoir sur les frêles épaules de cet artisan délicat : Brian Wilson, Phil Spector, Ray Davies…

Ce nouvel album, dans la lignée du précédent, devrait hélas faire resurgir le principal défaut de tout critique, honteusement ingrat par nature : brûler le lendemain ce qu’il a encensé la veille. L’effet de surprise passé, ce sont tous les tics de notre apprenti Mozart d’outre-Manche qui se révèlent soudain comme de vilains points noirs sur le visage d’une conquête, au petit matin.

Les opéras poids coq de Neil Hannon, l’homme qui adore s’écouter composer, sont pourtant toujours aussi joliment plumés. Mais ce William Sheller britannique y accentue encore son côté aristo fin de siècle, cynique et dissolu, déguisé en petit marquis narcissique avec perruque poudrée et mouche à la commissure des lèvres. Le charme suranné du précédent disque se métamorphose ici en maniérisme désuet. Et on se dit que si Neil Hannon devait trouver une place, se serait entre une B.D. de Walt Disney et les œuvres de Marc Almond. E finita la divina comedia ? Non, mais plus si dantesque…

2/5

Frédéric Péguillan
Télérama Paris 2310, 20/04/1994