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The Divine Comedy
The Divine Comedy
Avec Victory for the Comic Muse, Neil Hannon signe un album qui mêle sans complexe, pop acidulée, orchestrations classiques et humour décapant.

Deux jours après son concert à la Cigale, Neil Hannon paraît très détendu. Dès le début de l’entretien, il est facile de reconnaître ses intonations, son phrasé ‘so irish’ auquel il nous a habitué dans ses chansons et sa voix de crooner atypique. “Le public a réagi mieux que je ne l’espérais, dit, non sans ironie et provocation, l’artiste. Cela faisait plus d’un an que je n’étais pas monté sur scène et, cinq minutes avant le concert, j’étais terrifié. Mais devant un tel public, tout est revenu très vite. Je me suis souvenu que c’était, de loin, ce que je préférais faire.”

Un Irlandais à Paris

Depuis le sombre Absent Friends, qui, de l’aveu même de l’auteur-compositeur, ne pouvait s’écouter que “le soir tard avec un double whisky”, Neil Hannon s’est éloigné de la scène et a multiplié les collaborations. Entre générique de sitcoms et chansons écrites avec Guy Chambers (ancien compositeur de Robbie Williams) pour Laura Michelle Kelly qui a incarné Mary Poppins sur la scène londonienne, il s’est même laissé tenter par l’écriture de musiques de films. Oublié des réalisateurs, ‘Mother Dear’ et ‘The Light of Day’ ont néanmoins trouvé leur place dans Victory for the Comic Muse. Pourtant, c’est avec les Français que Hannon vit sa plus longue histoire d’amour. Et pas seulement avec le public qui l’a adopté dès son premier concert parisien. “Plus je travaille ici, plus on me demande ! Et, la plupart du temps, j’aime tellement vos artistes que je ne peux pas refuser.”

Charlotte Gainsbourg, une belle collaboration

Comment résister ? Yann Tiersen, Jane Birkin et tout récemment sa fille, Charlotte, n’ont pu s’y résoudre. Cette toute dernière collaboration lui a d’ailleurs permis de travailler avec Jarvis Cocker, ex-leader des Pulp converti à la vie parisienne, et de retrouver le producteur Nigel Godrich (Radiohead, Beck…), complice de ses errements sur le très dépouillé Regeneration. “Le plus difficile pour moi a été d’écrire pour Charlotte. C’est une jeune femme adorable, très secrète et un brin timide. Du coup, je n’osais pas lui poser de questions.” Une parenthèse bénéfique pour l’artiste. “Je n’avais jamais été dans cette position de devoir terminer un travail en temps et en heure. Je n’ai jamais vraiment eu d’emploi, confie ce fils de pasteur, chose que ma mère ne manque d’ailleurs pas de me rappeler ! Mais, paradoxalement, cela a eu un effet libérateur. Ecrire pour les autres, c’est s’éloigner de soi. Mais, qui sait, quand je suis dans Divine Comedy, je joue peut-être un rôle ?” Lors de ses rares moments libres, Hannon continue de composer pour lui. Et quand il réalise qu’il a plus de trente chansons en stock, tout se précipite. “Cet album n’était pas prévu. Quand j’ai décidé de le faire, je l’ai enregistré le plus rapidement possible.”

Entre mélancolie et humour

Membre fondateur et leader du groupe, Neil Hannon s’offre ici un retour flamboyant. Enregistré en live avec vingt-huit musiciens à diriger, cet album oscille entre ballades mélancoliques, ‘The Light of Day’ ou le sublime ‘Lady of a Certain Age’, des pépites pop (‘To Die a Virgin’), ou très cyniques comme ‘Diva Lady’ (“She’s a diva lady / She’s a hopeless case / She need extra make-up / For her extra face”). “Ce n’est pas ce que j’ai fait de plus intellectuel”, s’excuse Neil Hannon. Une personne a-t-elle inspiré les paroles ? “Pour ne pas être poursuivi en justice, je préfère ne pas répondre !” Dans ses textes, dans sa vie, l’humour n’est jamais loin. “Chez nous, tout ce qui est sérieux est amusant et tout ce qui est amusant est sérieux. Les Irlandais prennent cette blague très au sérieux !” Clin d’œil évident au titre de son premier opus, Fanfare for the Comic Muse, “cet album est certainement celui qui m’est venu le plus naturellement. J’ai l’impression d’avoir essayé de le faire depuis si longtemps… Qui sait, Victory for the Comic Muse est peut-être prophétique: sera-t-il mon plus gros succès ? [Rires] En tout cas, j’aime cet album, mais je pense que je peux encore mieux faire !”

Ses coups de cœur
Le livre que vous a fait pleurer : “Aucune œuvre ne m’a ému au point de me faire pleurer.”
Le meilleur moment de la journée : “L’heure de la sieste.”
Votre film préféré : “Chambre avec vue de James Ivory.”


Ludivine Coste
Transfac 10/2006