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Too Young To Die

A tous ceux qui voyaient, probablement à tort, en son précédent disque (Absent Friends) un recueil emphatique et beaucoup trop sage de pop songs orchestrées, Neil Hannon répond Victory For The Comic Muse. Et renoue toutes proportions gardées avec une certaine légèreté mélodique qui a fait ses grandes heures (Promenade, Liberation). Le résultat, toutefois inégal, oscille entre l’anecdotique et une écriture magnifiquement grâcieuse. Les compositions de The Divine Comedy, devenu le projet d’un seul homme depuis le chef-d’œuvre Regeneration, ont toujours ce petit plus qui les fait planer bien au-dessus de la masse musicale actuelle. Aujourd’hui, le constat est d’ailleurs inévitable : peu ou pas de portraitistes aussi doués que lui à l’horizon 2006. Pas plus que de nouvelles grandes figures, hautes en couleur, capables de porter sur leurs épaules une certaine grandeur de la pop anglo-saxonne, à la manière, par exemple, d’un Jarvis Cocker. Alors, s’il n’en restait qu’un ?

En 1990, tu sortais Fanfare For The Comic Muse. Seize ans après, tu reviens avec Victory For The Comic Muse… Quelle symbolique faut-il voir là dedans?
En fait, il n’y a pas de symbolique, ‘Victory For The Comic Muse’ est la référence originale, et fait allusion à un film qui me fascinait quand j’étais enfant. J’avais modifié la citation pour notre premier disque. C’est vrai qu’on pourrait prendre ce titre pour une manière détournée de dire, "Voyez je suis encore là". Rien de tout ça, en fait. Ce n’est ni la fin, ne le début d’une nouvelle période ! Toutefois, je trouvais ça drôle. Il ne faut pas essayer de trop lire entre les lignes de ce que je fais, car il y a beaucoup de blagues et de légèreté.

Autant être honnête avec toi, je préférais Absent Friends à Victory For The Comic Muse. Comment vois-tu l’évolution qu’il y a pu avoir entre les deux disques ?
Je dirais que ces deux albums correspondent chacun à un moment différent de la journée. Le nouveau est un disque que tu pourrais écouter le matin. Ou bien quand il s’agit de se motiver pour quelque chose. Absent Friends, c’est tout autre chose d’un point de vue de l’univers. C’est la nuit qui tombe, ou même la nuit totale. Je ne pourrais pas dire, contrairement à toi, que l’un est meilleur que l’autre. Normal après tout, les deux sont de moi donc je les trouve mortels ! (Rires) Ce que je peux dire en revanche, c’est qu’Absent Friends a été plus difficile à faire. A écrire et à enregistrer d’ailleurs. Je sortais de la période Regeneration et j’étais encore assez perdu. Je ne savais pas où j’allais. Avec Victory, je me suis senti directement plus à l’aise. Tout était plus naturel.

Victory For The Comic Muse convainc moins peut-être par son côté plus léger, moins affecté, plus passe-partout…
Je peux comprendre. En fait, l’an dernier, j’ai passé beaucoup de temps chez moi. Je me demandais d’ailleurs si cela était un bon moyen de trouver l’inspiration. Finalement, j’ai été surpris par la rapidité avec laquelle les choses se sont passées. Ce côté léger vient peut-être de cela : une période plus calme de ma vie, et une certaine facilité à trouver l’inspiration. Je voulais également être plus fun, plus éclectique.

Tu parles beaucoup des femmes dans ce nouvel album. Un hommage ?
Je me suis aperçu de cela une fois l’objet terminé. C’était donc plus un accident. La chanson ‘Mother Dear’ me tenait réellement à cœur. Une manière d’exprimer des choses à ta mère que tu n’arrives jamais à dire en vrai qu’au travers d’une chanson. Quelque chose qu’on a tous ressenti, finalement.

Et cette photo de toi au bord de la mer, elle existe vraiment ?
Tu fais référence à la chanson ‘The Light Of Day’. C’est totalement un cliché. Mais pour certains raisons, je pense que c’est justement une bonne chose. Parfois, les clichés peuvent avoir du bon. Ils condensent un sentiment précis qu’on a tous expérimenté. C’est bien de pouvoir exprimer les choses de manière simple et universelle. Pour les paroles, c’est la même chose : parfois, je cherche vraiment à ne pas trop les rendre imagées. Je veux que les gens puissent les retenir facilement. Après tout, c’est aussi l’un des buts premiers d’une chanson.

Est-ce que tu as l’impression, aujourd’hui, que ton public vieillit avec toi ?
Difficile à dire. Il y a effectivement pas mal de ‘vieux’ fans aux concerts. Mais toujours des gens qui viennent de découvrir The Divine Comedy. Et même des jeunes, souvent. Je déteste d’ailleurs le cliché de plus en plus prégnant qui veut que la culture pop soit exclusivement une culture jeune. On a l’impression aujourd’hui qu’à 30 ans, tu es déjà mort quand tu fais de la pop ! C’est amplifié par le marketing.

Tu vis toujours à Dublin ?
Oui, et sûrement pour le reste de mes jours. J’ai habité dix ans à Londres. Mais Dublin est une ville brillante, à tout niveau. Et qui plus est, charmante.

Tu crois à l’influence de l’environnement sur ta musique ?
Pas vraiment. Je me sens plus à l’aise aujourd’hui dans mon environnement. Je pense que ça aide.

On t’accole volontiers l’image du gentleman so british…
C’est un compliment. Beaucoup de gens croient que je suis un gentleman. Je pense juste ne pas me comporter en salopard. Aujourd’hui, cela peut suffire à faire de toi un gentlemen (rires). Il faut avoir conscience de notre vulnérabilité en tant qu’être humain. Quand tu as conscience de cela, tu agis déjà mieux dans la vie de tous les jours. Le monde souffre d’un manque de compréhension entre les gens. Cela engendre l’extrémisme. C’est peut-être un peu utopiste mais on parlerait moins de guerre si chacun respectait l’autre.

Peu de groupes perpétuent ce côté lettré et référencé dans sa musique comme Divine Comedy
C’est parce que cela fait partie de mon univers. Beaucoup de groupes ne font plus d’art tout simplement. La différence encore ce qui est de l’art ou ce qui n’en est pas c’est l’honnêteté qui se cache derrière. Les plus beaux tableaux, les livres les plus incroyables, les chansons les plus touchantes sont faites avec le cœur, sans tricheries. C’est mon opinion, tout du moins.

Est-ce que tu planifies encore beaucoup de choses concernant la carrière de Divine Comedy ?
Non, pas vraiment. Je ne sais jamais trop quand je vais m’atteler au prochain album par exemple. Mais bon, étant donné que ce que j’aime par-dessus tout, c’est composer, il y a peu de chances que cela s’arrête.


Emmanuel Guinot
Versus 8, été 2006